Et si on voyageait sans culpabiliser ?

J’ai eu envie d’écrire cet article suite à un phénomène que je vois de plus en plus sur les sites internet et les réseaux sociaux liés au voyage, à savoir que le fait de prendre l’avion pour voyager contribue au réchauffement climatique et qu’il faut arrêter d’utiliser ce mode de déplacement pour voyager.

Ce qui est marrant de primabord, c’est que lorsque j’ai fait une rapide recherche sur internet pour écrire cet article en utilisant les mots « voyager sans culpabiliser », les premiers résultats qui sont apparus concernent les vacances sans enfants. Puis viennent ensuite les considérations environnementales, et encore en faible nombre.

Dans l’absolu, je suis entièrement d’accord avec cette idée. Notre pauvre planète va mal et plus ça va, plus on enfonce le clou. Les mesures prises, individuellement ou collectivement, pour tenter de la guérir semble n’avoir que peu d’effets, au regard des non-efforts accomplis par ailleurs.

Au quotidien, j’essaie vraiment de faire attention : je vais au travail à pieds (bon j’habite à 3 minutes à pieds de mon travail, prendre la voiture n’a aucun sens même les jours où je n’ai pas envie de marcher), je recycle au maximum, je fais attention à ma consommation d’eau et d’électricité, je ne mange quasiment plus de viande, j’essaie d’acheter des produits locaux et de me tourner vers le bio, j’achète moins de vêtements, j’essaie de réduire mes déchets et pour faire le ménage, je n’utilise quasiment plus que du vinaigre blanc.
Mais j’ai encore beaucoup de progrès à faire parce que j’utilise encore des produits non friendly pour l’environnement (disques à démaquiller, cotons-tiges pour ne citer qu’eux), j’ai une voiture qui roule au diesel (bien que je ne m’en serve pas beaucoup), je gaspille beaucoup trop de papier au travail (même si je les recycle) et parfois je jette ma nourriture même si je n’aime pas gaspiller (parce que j’ai laissé trainer quelque chose au frigo trop longtemps par exemple).

Je pense aussi, à mon humble avis, qu’il y a beaucoup d’autres secteurs où on pourrait mettre en oeuvre des mesures qui, si elles étaient prises, feraient beaucoup de bien à notre planète avant de s’en prendre à l’avion.
Quid de l’industrie textile et de ce renouvellement permanent des collections dans les magasins de vêtements dont on veut nous faire croire qu’il nous les faut, de l’élevage intensif, de cette société de surconsommation qui nous pousse à acheter des choses dont on a pas besoin ? Est-ce qu’on ne pourrait pas commencer par là avant de s’en prendre à l’avion?

Mais là où je vais avoir du mal à faire des efforts c’est sur les voyages et le fait de prendre l’avion. Je prends l’avion une dizaine de fois par an. Par exemple en 2017 et en 2018 j’ai pris 18 fois l’avion pour voyager.
Cependant, je suis plus partie en voyage en 2017 qu’en 2018 mais en 2017 je suis partie de Paris où il y a des vols pour à peu près partout dans le monde alors qu’en 2018 je suis moins partie et j’ai eu plus de vols avec escales. Depuis que j’habite dans les Landes, je pars de Bordeaux, ce qui implique dans la majorité des cas de faire un vol avec escale.
Je ne compte pas dans le lot mes allers-retours en Angleterre depuis 2014 pour aller voir mon copain.

Je ne culpabilise pas de prendre l’avion pour voyager. Comparé à beaucoup d’autres, je ne le prends que très peu. Certains pour leur travail se retrouvent à le prendre tous les mois, voire plusieurs fois par mois.
Mon nombre de jours de vacances est limité et avec lui les possibilités de prendre l’avion.
Si j’ai 40 jours de vacances par an, je ne prends pas 40 fois l’avion (même si j’aimerais bien parce que j’adore prendre l’avion :D).
Ensuite pour aller hors Europe, avec mon nombre de jours limité, je suis un peu coincée si je devais me déplacer autrement qu’en avion. Je veux bien tenter de rejoindre le continent américain en bateau mais ce n’est pas deux semaines de vacances dont je vais avoir besoin, mais deux mois. Pareil, je veux bien aller en Asie en train et en bus mais là aussi il va me falloir plus de jours. Et je ne parle pas des destinations encore plus lointaines comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Du coup je suis un peu coincée entre « il faut sauver la planète, pense à elle avant de penser à toi et tes petits plaisirs personnels » et « allez tu n’as qu’une vie, tu travailles dur, profites en ! ».
Parfois ça bataille sévère dans ma tête.

Mais je vois aussi que bon nombre de personnes ne se posent pas les mêmes questions que moi et continuent de prendre l’avion très régulièrement. Si eux ne se posent pas la question, pourquoi moi devrais-je me la poser alors que je ne prends pas l’avion tant que ça ? Est-ce que le fait de ne plus le prendre va vraiment changer quelque chose ? Vais-je réellement sauver la banquise ? Il faudrait que les millions d’habitants de notre planète qui prennent chaque jour l’avion se positionnent de la même manière pour que les choses changent vraiment.
Après, il est certain que si nous ne faisons rien, la situation ne fera qu’empirer. Mais en décidant moi Marion d’arrêter de prendre l’avion, est-ce que je ne jette pas un petit caillou dans l’océan Pacifique ? Est-ce que mon action a vraiment du sens ? Est-ce que je vais vraiment changer les choses, à défaut de soulager ma conscience de voyageuse qui a les moyens de partir plusieurs fois par an en voyage ?

Du coup, à force de voir des gens dire « ah moi j’arrête de prendre l’avion parce que chaque avion qui décolle c’est un morceau de la banquise qui se détache », je culpabilise. Non je ne suis pas facilement influençable, mais à force de voir ce genre de discours, on l’assimile et il reste dans un coin de notre tête.
Je ne suis pas scientifique. Je ne peux pas dire si la prochaine fois que je vais partir en avion, un morceau de la banquise va effectivement se détacher.
Mais je sais aussi que malgré tout, l’avion que je n’ai pas voulu prendre pour sauver un ours polaire en errance sur un morceau de glace va quand même décoller. Avec ou sans moi.
Il faudrait un cataclysme collectif pour que les gens arrêtent de prendre l’avion et qu’ils ne décollent plus. Que des millions de personnes cessent du jour au lendemain de le prendre pour que la banquise soit enfin sauvée. Mais je pense que je ne serais plus sur cette planète avant que cela ne se produise. Je vois mal les pouvoirs publics supprimer l’industrie aéronautique au regard des enjeux liés à ce secteur.

Dans cette perspective, plusieurs solutions s’offrent à moi :
– je reste en France et ne fait que ce qui est à portée de bus/train/voiture dans les délais impartis, ce qui soyons honnêtes réduit un peu les opportunités et risque de grandement me frustrer.
Ou alors,
– je voyage de manière intelligente, prends moins souvent l’avion et choisis les voyages où je n’ai qu’un seul avion et pas plusieurs (mais je suis mal barrée avec ma prochaine destination qui va inclure 6 avions).
Ou bien je me dis,
– de toute façon, vu le peu de gens qui font des efforts, je me range du côté de ceux qui pensent à eux, je vis ma vie et on verra bien ce qui arrivera.

Et puis vous savez quoi ? À 29 ans, bientôt 30, j’ai envie d’être un peu égoïste. J’ai envie de prendre l’avion pour voir ce que la planète a à offrir ! J’ai envie de voir ces paysages de mes propres yeux, avant qu’ils ne disparaissent, et non sur un simple écran d’ordinateur. Oui je suis égoïste, mais c’est le propre de l’être humain.
J’ai envie de crapahuter, de cracher mes poumons pour accéder à des endroits de rêve, de lézarder sur des plages paradisiaques, d’explorer, de m’émouvoir, de faire des rencontres, d’apprendre, de comprendre, de souffrir de la chaleur ou du froid, de trouver le temps trop court ou trop long lors d’un trajet en bus interminable, de prendre des photos, d’acheter des souvenirs, d’envoyer des cartes postales, de m’énerver devant ces voyageurs qui ne respectent rien, de me moquer de ceux qui ont l’air de vrais touristes alors qu’en suis une aussi, de rentrer le soir crevée de ma journée, d’essayer d’apprendre quelques mots des langues des pays que je visite pour mieux les oublier une fois partie, de couper de mon quotidien. De me sentir vivante. J’ai envie de vivre ça, encore et encore et je continuerai à le faire.

J’ai donc pris le pari de ne pas culpabiliser de prendre l’avion et je continuerai à le prendre. J’ai récemment posé cette question sur instagram, et force est de constater que je ne suis pas la seule à penser ce que je viens de vous écrire.

Chère planète ne m’en veux pas. Je prendrai surement l’avion jusqu’à ce qu’il soit trop tard mais je n’aurais alors aucun regret et c’est comme ça que j’ai envie de vivre ma vie. Vivre sans regrets et ne rien regretter. Profiter tant qu’on peut pour mieux apprécier ce qu’on aura fait, quand on ne pourra plus le faire.

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2 réflexions au sujet de « Et si on voyageait sans culpabiliser ? »

  1. Hello ! Ton article était dans mes suggestions, et je ne regrette absolument pas de l’avoir ouvert ! Je pensais à un autre argument, l’avion est une technologie géniale à mes yeux, et je me dis que si tout le monde faisait beaucoup de petits efforst quotidien pour réduire son impact, alors l’impact sur l’environnement de prendre l’avion pourrait devenir acceptable /corrigeable. Alors je ne vois pas pourquoi ceux qui font des efforts, ne pourrait pas profiter justement de cette Terre, qu’il tente de préserver en l’état.

    Bon voilà, je ne sais pas si j’ai été claire, mais en tout cas, cet article me réchauffe le cœur !

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