Faut-il boycotter certains pays?

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La question de boycotter certains pays revient régulièrement dans le monde du voyage.  Au moment où j’écris cet article, c’est le boycott du Danemark et des îles Féroé qui est au coeur des débats à cause du grindadráp, tradition millénaire qui consiste à tuer chaque année des centaine des dauphins. Demain, ça sera un autre pays qu’il faut boycotter pour une autre raison. Et après-demain encore un autre, pour une autre raison.

C’est un sujet assez sensible à mon sens mais très intéressant qui pose plein de questions auxquelles les réponses données dépendront de la manière de voir de chacun.
Boycotter un pays en voyage revient à ne pas s’y rendre car nous réprouvons ses valeurs, la manière dont il fonctionne, sa culture. Pour décider qu’on ne se rendra pas dans un pays, il faut déjà être en accord avec ses propres valeurs, savoir ce qu’on approuve, ce qu’on tolère, ce qu’on refuse. Boycotter un pays doit être un choix personnel guidé par ses convictions et ne doit pas participer d’un phénomène de mode. On doit décider de boycotter un pays car une ou plusieurs choses ne nous conviennent pas au point que nous y rendre serait insupportable.

Que boycotte-t-on dans un pays ? Le pouvoir, les traditions, la culture, la manière dont sont traités les habitants ou une partie de la population, la manière dont son traités les animaux, son rapport à l’environnement ? Il y a quelques pays qui peuvent être boycottés dans leur ensemble quand pour certains, c’est quelques points qui feront qu’ils doivent être boycottés.

Parmi les pays à boycotter, certains occupent de manière récurrente le haut de la liste  :

  • les Maldives
  • l’Iran
  • Israël et la Palestine
  • la Corée du Nord
  • l’Arabie Saoudite
    Pour les deux derniers, ça tombe bien y aller est extrêmement compliqué

Ces pays n’agissent pas comme nous voudrions qu’il agissent alors nous décrétons qu’il faut les boycotter. Ok, soit. beaucoup de choses y sont choquantes pour nous. Mais on a aussi tendance à oublier qu’aucun pays n’est parfait, loin de là, et que beaucoup d’autres pays sont loin d’être parfaits et ont un ou plusieurs points négatifs :

  • le Myanmar et le traitement des Rohingyas
  • l’Italie et le traitement accordé aux migrants méditerranéens ces dernières années
  • les Etats-Unis et le traitement accordé aux immigrés clandestins mais aussi aux femmes ou aux personnes n’ayant pas la « bonne » couleur de peau
  • l’Australie et le traitement accordé aux aborigènes et aux immigrés
  • la Chine et le traitement des ouïgours
  • l’Espagne et sa pratique de la corrida
  • le Japon, l’Islande et la Norvège pour la chasse à la baleine
  • la Russie et la répression des homosexuels en Tchétchénie
  • les îles Feroés et le massacre annuel de dauphins au nom d’une tradition ancestrale
  • Dubaï et l’emploi d’étrangers dans des conditions proches de l’esclavage
  • le Canada et le traitement des amérindiens
  • la France (pour plein de raisons)
  • l’Inde et ses castes
  • l’Indonésie et la culture de l’huile de palme qui détruit l’environnement.
  • la Thaïlande et l’exploitation et la maltraitance des animaux à des fins touristique
  • tous les pays pratiquant l’excision
  • tous les pays condamnant à mort les homosexuels et/ou l’adultère
  • les pays ayant élu un président extrémiste : Brésil, Hongrie
  • l’Irlande et sa politique hyper stricte en matière d’avortement

La liste est encore bien longue, je m’arrête là.

Dans les deux listes, il y a des pays dans lesquels je ne veux pas me rendre pour diverses raisons. Pour d’autres, et bien si j’en ai l’occasion pourquoi pas ?
Loin de moi l’idée de participer à des régimes qui ne correspondent pas à mes idéaux démocratiques mais je pourrais me faire ma propre opinion à leur sujet en m’y rendant  et non avoir une opinion construite sur ce que je crois savoir, d’après ce que j’ai lu et entendu.
Être voyageur c’est aussi être ouvert d’esprit et accepter de voir ce qui ne nous correspond pas. Aller dans un pays sujet à boycott doit donc être de sa propre initiative, après recherches et réflexions, et non pas parce que tout le monde dit qu’il ne faut pas y aller.

Si je me rends un jour dans un des pays de la première liste, je saurais expliquer avec mes mots pourquoi j’ai choisi de faire ce voyage et pas un autre. Mais je ne m’excuserais pas d’y être allée. Peut être que l’envie de voir avec mes propres yeux comment ça se passe l’emportera sur le reste. Il ne s’agira d’une envie de comprendre à assouvir. Cette envie de comprendre ne peut pas être satisfaite que par des récits virtuels et l’envie de voir « en vrai » peut parfois prendre le dessus. Du moment que le voyage est payé de ma poche, j’estime que je ne dois rendre de compte à personne mais je peux toutefois expliquer le pourquoi de ma démarche ici, libre à ce qui me lisent de me comprendre ou pas. Cela fait partie de la liberté d’expression, ô combien chérie quand on sait que bon nombre de gens ne l’ont pas.

Je ne jugerais donc pas celui qui va en Corée du Nord, en Israël, aux Maldives, en Arabie Saoudite ou en Iran. Quoiqu’on pense de ces pays.
Tout simplement parce que je pars du principe que chacun fait ce qu’il veut dans la vie, et que le monde irait d’ailleurs beaucoup mieux si chacun balayait devant sa porte.
Je n’aime pas juger de manière générale donc plutôt que de juger ceux qui vont dans ces pays, j’essaierai de comprendre pourquoi ils y sont allés, je lirai leur récits et regarderai leurs photos avec la plus grande attention parce que ne sachant pas pas si j’irais un jour dans ces pays autant essayer de comprendre ceux qui le font. Ce n’est pas une perte de temps que de s’intéresser à ceux qui font des choses que nous n’approuvons pas. Comprendre autrui démontrer au contraire à mon sens un vraie ouverture d’esprit. Essayer de comprendre pourquoi A a passé 15 jours en Corée du Nord  et s’intéresser à sa voyage dans cette dictature ne veut pas dire qu’on approuve le régime nord-coréen et la répression des droits de l’homme. Et si A donne l’impression de s’être amusé en Corée du Nord quand on sait ce qui s’y passe, c’est certes choquant mais qu’aurait du faire A à votre avis en étant sur place ?

Concernant les Maldives qui est l’exemple number one de destination à boycotter, je suis assez mitigée sur la question. D’un côté vous avez ces somptueux paysages et de l’autre une population qui vit sous le joug de la charia très stricte et qui n’est pas en contact avec les touristes. Je rappelle simplement que la charia est la loi coranique. Elle régit la vie religieuse, politique, sociale et individuelle. Ne pas s’y rendre conduira-t-il au retrait de ces règles ? Pas sûre. Alors oui pendant que certains se dorent la pilule au soleil, d’autres vivent selon des règles extrêmement strictes. Mais ce n’est pas le touriste qui les subit, c’est les locaux. Locaux que vous ne verrez jamais lors de votre séjour mais les Maldives ne sont pas le pays le plus réputé pour rencontrer des locaux. C’est très bien de vouloir boycotter ce pays en soutien de gens que vous ne verrez jamais, pour protester contre leurs conditions de vie. Mais dans ce cas, vous allez avoir un sacré nombre de pays à boycotter (cf liste n°2).

Ce qui nous parait anormal peut être normal pour d’autres. Il suffit de se documenter un peu pour voir qu’aucun pays ne fonctionne de la même manière et ça serait naïf de croire que cela sera le cas un jour. On demande le boycott de pays qui accomplissent des choses qui nous paraissent choquantes/inconcevables mais de quel droit le faisons-nous ? Ceux qui demandent le boycott du Danemark et des îles Féroé sont-ils tous végétariens ? Parce que demander de cesser de tuer des dauphins au nom de la tradition alors qu’on continue à manger de la viande d’animaux abattus dans des conditions épouvantables serait risible. La pratique de la corrida en France ne vaut pas mieux que le massacre de ces dauphins. Si je n’ai pas vu le grindadráp, j’ai vu une corrida. Je n’aimais pas avant d’en voir une et j’aime encore moins depuis que j’en ai vu une. Mais bon, je sais pourquoi je boycotte cette pratique maintenant. Ceci étant, si je peux m’abstenir d’aller aux Iles Féroé durant le grindadráp soyez certains que je le ferais. Oui parce que malgré cette pratique, je rêve de découvrir ces îles qui ont l’air absolument incroyables.

Voilà voilà.

Arguments pour le boycott

  • On ne « nourrit » pas le pays dans lequel on ne se rend pas et on ne participe pas à une politique qu’on n’approuve pas.
  • On est en phase avec nous-même et nos valeurs.
  • Il y a tellement d’autres d’endroits à voir sur la planète plutôt que ces pays là.

Arguments contre le boycott

  • On ne rencontrera jamais les locaux qui sont les premières victimes de ce boycott. Dans nombre de pays sujets à boycott, les gens ne choisissent pas ceux qui les gouvernent. Boycotter punira en premier lieu les locaux qui vivent du tourisme plutôt que leurs gouvernements.
  • Ne pas de rendre individuellement dans un pays ne changera pas la donne. Soyons honnêtes, l’effort doit être collectif et devrait se mesurer en centaine de milliers de personnes pour que l’impact sur ces pays soit réel.
  • On ne se rend pas compte par nous-même de la situation sur place. Même si dans certains cas on ne verra pas des choses connues (car notamment relayées par les médias).

A la question « faut-il boycotter certaines destinations? » je réponds donc ni oui ni non. Réponse est très utile, je le conçois mais j’avais envie d’ajouter ma pierre à l’édifice :).

Pour compléter mon article, je vous recommande ces lectures :

 

 

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4 réflexions au sujet de « Faut-il boycotter certains pays? »

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