La traversée des Pyrénées d’est en ouest par Gilles – Postcards from the edge

Hello ! 🙂

Un article un peu particulier aujourd’hui où pour la première fois, je laisse la plume à une autre personne ! Mon ami Gilles a traversé la chaine des Pyrénées d’est en ouest à l’été 2022, de Banyuls-sur-Mer à Hendaye, à pieds après une marche de plusieurs semaines. Je voulais vraiment pouvoir en parler ici, pour plein de raisons et notamment parce que je suis très admirative de ce qu’il a fait mais aussi parce que je considère cette marche comme une véritable inspiration !

Je connais Gilles depuis près de vingt ans. C’est un jeune artiste plasticien, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux qui depuis plusieurs années arpente les Pyrénées et notamment les vallées de Gavarnie (et c’est d’ailleurs avec lui que j’ai passé deux super weekends à découvrir un bout des Pyrénées en 2018 et 2020 !). Au départ pour s’oxygéner, ses sorties en montagne l’ont amené à s’intéresser au paysage pyrénéen. Comme il le dit, sans s’y attendre, la montagne a « percolé » dans son champ de recherche plastique. Pendant l’été 2022, il a traversé seul et en autonomie la chaîne des Pyrénées d’est en ouest et il a bien voulu répondre à mes questions :).

— Pourquoi avoir eu envie de traverser les Pyrénées ?

J’avais cette envie depuis plusieurs années. Le genre de projet qu’on se dit qu’on accomplira un jour. Après plusieurs lectures de récit d’aventures, dans les Pyrénées, et ailleurs dans la France et dans le monde, l’idée a muri, et fin 2021, j’ai commencé à dire autour de moi que je passerai le prochain été à traverser les Pyrénées. Dès lors, il n’était plus possible de faire machine arrière.

— Quel a été ton itinéraire et quelles ont été les principales étapes de la traversée ?

J’ai décidé de composer un parcours personnel en me basant principalement sur le tracé de la HRP (Haute Randonnée pyrénéenne). Je me suis prévu des variantes pour éviter les passages délicats, en cas de mauvaise météo ou autre. J’ai donc fait des détours par le GR10 (côté français), le GR11 (côté espagnol). Ainsi, j’ai cheminé dans les deux pays, ainsi qu’en Andorre. J’ai choisi le sens est-ouest, car je connais davantage la partie ouest, de la Bigorre au Pays basque. Je voulais commencer par l’inconnu, et finir en « rentrant à la maison ».

— Combien de temps as-tu mis ? Est-ce que c’était le temps initialement prévu ?

J’ai marché 56 jours pour rallier Banyuls à Hendaye. Il faut intercaler une douzaine de jours de repos dans le compte. J’ai été bien plus long que prévu !

Fin juin, j’ai rattrapé un petit bout manqué l’été dernier en 5 ou 6 jours de plus. 

— T’es-tu préparé physiquement à cette traversée ? Mentalement ?

Pas du tout ! J’ai manqué de temps et je n’ai pas eu le temps de faire des randonnées autour de chez moi avec un sac lesté comme je le voulais. Mentalement, je me suis dit que rien ne pouvait mieux me préparer à ce qui m’attendait que de me lancer et de vivre l’aventure. Certaines choses que j’ai vécues pendant la traversée n’auraient pas pu s’anticiper.

— As-tu fait cette traversée seul ? As-tu rencontré des personnes faisant la même chose que toi ?

Oui, j’ai fait cette traversée seul. Ce n’est pas un choix par défaut, bien au contraire. Par contre, j’ai rencontré d’autres randonneurs à la fin de mon aventure, et nous avons marché 3 ou 4 jours ensemble. Après, nos chemins se sont séparés et j’ai terminé seul. Ma mère a fini la marche avec moi, sur les derniers kilomètres à Hendaye.

— Quel matériel as-tu amené et quel était le poids de ton équipement ? 

Mon sac était vraiment très lourd et ça a clairement été un handicap qui m’a beaucoup ralenti. Mais je ne regrette rien. J’avais le matériel que j’avais depuis plusieurs années, ainsi que quelques pièces fraîchement achetées pour permettre une autonomie sur plusieurs jours. Une tente, un matelas et un duvet, une popote avec un réchaud, une poche filtrante pour l’eau, des sacs de vivres, du matériel photo, quelques vêtements que je lavais jour après jour, quelques produits d’hygiène et de sécurité…

— Est-ce que tu as amené des choses dont tu n’as pas eu besoin et regretté de ne pas avoir amené certains objets ?

J’ai regretté de ne pas avoir un livre de poche pour les moments de flottement. J’ai emporté quelques affaires que j’ai finalement dû renvoyer par la poste après une dizaine de jours de marche. Une housse de réchaud inutile, un pantalon, un t-shirt de trop, un maillot de bain sans utilité, etc. Par ailleurs, qui part avec 500 g de gingembre confit ?

— Comment étaient organisés les repas ? 

Je suis parti avec pour stratégie d’être autonome, et d’avoir des livraisons de colis que j’avais préparé à l’avance à échéances régulières. Mais cela a vite montré ses limites : la nourriture que j’avais préparée n’était pas des plus savoureuses, et le poids du sac après un ravitaillement est un inconvénient à ne pas négliger. Alors qu’il était très facile de se ravitailler sur le chemin, avec un peu d’organisation pour anticiper la prochaine épicerie. J’ai aussi pris des repas en refuge, ou dans des restos quand j’en avais l’occasion.

— Où as-tu dormi ?

J’ai fait la majorité de mes nuits sous ma tente, en pleine nature, aux abords du chemin. Je pouvais donc m’arrêter de marcher quand je le désirais, dès que je trouvais un lieu qui me convenait. J’ai parfois posé la tente en camping, pour profiter des commodités. Deux ou trois fois, j’ai dormi en refuge ou en gîte. 

— La météo en haute montagne peut être imprévisible, as-tu eu des soucis à cause de cela ?

Oui ! Fin juillet, les orages sont arrivés. J’ai eu des moments difficiles sous la tente. Il faut aussi savoir que les nuits peuvent être froides, même en été. La fin du périple, au Pays basque, a été ponctuée par une météo humide.

— Quel a été ton budget ?

Je n’ai pas vraiment établi de budget. J’avais beaucoup de matériel déjà, et j’ai dû compléter un peu. La nourriture que j’ai achetée pour les colis a été coûteuse, et c’était une erreur de l’acheter avant de partir. Je peux difficilement faire une estimation, mais le souci économique a dicté toutes mes dépenses.

— Des conseils à donner à ceux qui voudraient tenter l’aventure ?

Je dirais de se lancer. Ensuite, écumer les sites, les magasins de matériel, et s’inventer son propre mode, son propre chemin. Ne pas se laisser malmener par le dictat du matériel hors de prix et dernier cri. Ne pas chercher à faire une performance, prendre son temps.

— Comment t’es-tu senti à l’arrivée ?

C’était un grand bonheur. Mais c’était aussi un peu triste. Pendant environ 6 mois, j’ai préparé cette aventure, puis je l’ai vécue un peu plus de 2 mois. Réussir à arriver au bout est vraiment très gratifiant. Mais il faut se préparer au retour.

— Si on te proposait de le refaire, oui ou non ?

Je dirai oui. Je me choisirai un autre parcours, je partirai en ayant une meilleure connaissance de ce qui pourrait m’attendre sur le chemin.

— Quels sont tes moments préférés ? 

Difficile à dire. Toute la traversée a été émaillée de beaux moments. Les moments de rencontres avec d’autres randonneurs, la découverte de vues sublimes à l’arrivée à des cols, le bonheur de trouver un endroit où s’acheter une collation, le soulagement de monter la tente et de s’installer en dessous…

— Quels moments as-tu le moins aimés ?

Difficile à dire là aussi. Finalement, rétrospectivement, ces moments sont aussi importants. Je pense notamment aux moments difficiles, de découragement. J’ai détesté les orages, ou les vaches. Ça, ça n’a pas trop changé depuis, pour être honnête.

— As-tu eu envie d’abandonner par moments ?

Oui, bien sûr. Les premiers jours, tout le temps ! Puis ça m’est passé. Par deux fois, après des journées difficiles, j’ai voulu arrêter. Ça a failli arriver pour de bon en Andorre ! Mais j’ai finalement continué après un peu de repos.

— Quelle était ta motivation pour avancer chaque jour ? 

Bonne question ! L’idée d’arriver à Hendaye, en avançant un peu sur la carte jour après jour. La hâte de traverser la partie des Pyrénées que je connaissais déjà, et de la redécouvrir à l’aune de ce que j’ai parcouru pour arriver là. Mes proches que je pouvais retrouver sur le chemin pour des ravitaillements.

— As-tu un autre projet du même type ? En France ou ailleurs ?

Pas pour le moment. Mais je me sens plus libre maintenant de faire des petits treks de quelques jours.

— Tu es un artiste, cette traversée s’inscrit-elle dans une démarche particulière ?

Depuis quelques années, j’élabore un travail de recherche artistique sur le paysage pyrénéen. Mes recherches me poussent à repousser les frontières du territoire que j’explore, pour avoir une meilleure compréhension de la chaîne dans son ensemble. Je travaille beaucoup au travers de la cartographie, et préparer le tracé de ma traversée était un projet artistique en soi !

— Tu as tenu un journal de bord quotidien ? Si oui, sur quel support ?

J’ai envoyé un journal de bord à mes proches, par mail, tous les 5 ou 6 jours, avec quelques photos. Par ailleurs, je m’enregistrais sur mon téléphone tous les soirs. Je me racontais de la manière la plus exhaustive possible la journée passée.

— Est-ce que tu as des projets liés à cette traversée ? Un support sur lequel l’immortaliser ? 

J’ai décidé de compiler les journaux de bord envoyés par mail en une auto-édition. J’ai retravaillé le texte pour ajouter des faits ou anecdotes que j’ai pu entendre en réécoutant mes journaux audio personnels.

Il m’est apparu que le support le plus pertinent pour cela est une suite de cartes postales. Sur le recto on trouve une photo, et sur le verso, le récit de ma traversée, qui se débobine de carte en carte. C’est un véritable livre, mais sans reliure. Le tout, dans un petit coffret en carton. J’ai intitulé cette édition Postcards From the Edge.

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Vraiment, je reste admirative et si vous voulez en savoir plus sur Gilles et son travail, rendez-vous sur son site internet : gillessage.com. Les cartes postales y sont disponibles à la vente : 40 € (standard), 250€ (pack collector) !

Bien sûr, pas d’article sans photos et en voici quelques unes que Gilles a prise pendant sa traversée (vous noterez au passage son talent pour la photo !).

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