Le tourisme de masse, trop c’est trop ?

Depuis quelques temps, je vois passer des articles par-ci par-là qui abordent un sujet ma foi intéressant : le tourisme de masse. Les articles lus concernent l’Europe, je vais donc me limiter au vieux continent dans mes propos.

Barcelone, Rome, Amsterdam, Venise, Lisbonne, Ibiza, Palma de Majorque, Dubrovnik… Autant de destinations qui font rêver et qui pourtant n’accueillent plus les flots de voyageurs à bras ouverts.

Du coup, en tant que pigeon voyageur, cette question m’a interpellée. En voyageant, je suis aussi une touriste et je participe moi aussi à un phénomène qui commence à montrer ses limites. J’ai visité quelques une de ces villes qui, aujourd’hui, disent stop. J’ai donc par ma présence contribué à ce phénomène. Et pourtant, j’essaie dans la mesure du possible d’éviter les destinations ultra touristiques.

Sans être une spécialiste du tourisme et de cette question, j’ai pensé que ça pouvait être intéressant d’en parler ici 😉

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Et qui a envie de voir ça en vacances ? (photo : Le Monde)

Avant de se pencher sur le problème, essayons de définir ensemble cette notion de « tourisme de masse ». Alors pour vous de quoi s’agit-il ?

Tourisme = voyager pour son plaisir hors de son lieu quotidien, loin ou près de son domicile, brièvement ou longuement (définition issue de ma propre imagination, telle que je définis le tourisme).
Touriste = personne désireuse de voyager, de visiter des lieux différents de son quotidien. Les buts qui la motivent à partir sont divers : envie de repos, voir autre chose, découvrir une nouvelle culture, apprendre une nouvelle langue…
Masse = quantité imposante, gênante (et non la masse en tant qu’outil).

Donc tourisme + masse = trop de touristes au même endroit (a priori).


Personnellement, quand je suis en voyage, j’ai une sainte horreur de la foule, du bruit, de piétiner parce que je n’avance pas assez vite à cause du monde, d’entendre parler français à tous les coins de rue, de voir des bus/bateaux de tourisme en nombre et de voir des groupes de touristes partout
Est-ce que je suis pour autant face à du tourisme de masse ? Pas forcément. Certaines villes sont très animées, bruyantes vivantes avec du monde mais ne sont pas pour autant concernées par ce phénomène.

Donc, à partir de quand est-il possible de parler de tourisme de masse ?

Le tourisme de masse apparait lorsqu’un nombre très important de personnes est présent au même moment au même endroit. Sont le plus concernés les stations balnéaires, les grands sites touristiques et de manière générale, les destinations considérées comme étant attractives de par leur réputation, leur histoire, leur patrimoine, leur culture…
La différence avec le tourisme « normal » (= non considéré comme étant de masse) est que dans ce cas de figure, le tourisme est considéré comme nocif, dangereux pour l’environnement, consommateur, et peu avantageux pour les locaux.

Est-ce que vous voyez nocif pour une destination quand vous voyagez ? Non, mais nous multiplié par des millions ça peut commencer à faire beaucoup pour certaines destinations…


Il est aujourd’hui de plus en plus facile de voyager et de s’offrir des excursions à moindre coût, surtout en Europe ! Voyager en Europe coûte moins cher que de voyager en France (gros coeur pour la SNCF, heureusement les bus sont là !). L’essor des compagnies low-cost qui vous amènent à peu près partout en Europe à moindre coût, la surenchère des hébergements peu chers, le charme de certaines destinations… Tout est réuni pour faire partir des gens qui, il y a des années, n’auraient peut-être pas eu les moyens de voyager. Et c’est normal ! Voyager ne devrait pas être réservé à une élite, loin de là !

Certaines destinations, déjà populaires, le sont devenues encore plus. À Amsterdam, le nombre de touristes est passé de 11 à 18 millions en 10 ans et est partie pour en accueillir 23 millions en 2030 (année qui mine de rien devrait arriver rapidement).


Alors, pourquoi ces villes qui, il y a encore quelques années, accueillaient les touristes à bras ouverts disent aujourd’hui stop ? Qu’est-ce qui gêne ?
Les habitants en ont assez. Mais assez de quoi au juste ? Marre de ces touristes qui amènent une manne financière non négligeable dans leur ville ? Ne serait-ce pas là égoïste ?

Rejeter le tourisme va à l’encontre des politiques publiques menées depuis des années par certains pays. Certaines destinations ont connu un réel ressort grâce à lui et il a pu contribuer au développement économique de nombreuses destinations. À Barcelone, le tourisme représente 14% de la richesse, emploie 120.000 personnes et rapporte autour de 20 millions d’euros par jour à la ville. Ce serait dommage de s’en passer non ?

Si on réfléchit cinq minutes à la question, l’énervement est compréhensible. Vous habiteriez dans le centre d’Amsterdam, est-ce que vous apprécieriez de voir non-stop des gens devant chez vous, en train de faire du bruit, d’uriner dans vos jardinières ? Je n’exagère pas, c’est ce que cet article retrace…

Peut-être que les touristes ne se rendent pas compte qu’ils ne sont pas dans un parc d’attraction et que derrière chaque porte se cachent des gens qui mènent une vie somme toute semblable à la notre. Sauf qu’eux mènent leur vie à Rome, Barcelone, Amsterdam quand nous, nous habitons dans la banlieue parisienne (enfin en ce qui me concerne).

Quand on sait que Venise compte 60.000 habitants mais accueille chaque année 25 millions de touristes, on peut très bien imaginer l’impact que cette fréquentation aura sur une ville peut-être pas adaptée initialement pour recevoir autant de monde…
J’ai lu un jour un article qui parlait de ces navires de croisières qui tentent d’approcher aussi près que possible les canaux. De plus en plus nombreux, ils influent sur le niveau de l’eau qui, lui-même a une influence sur les fondations des habitations. Habitations elles-mêmes de plus en plus désertées par les vénitiens. Les loyers sont trop chers, le coût de la vie augmente. Ils partent. Sans compter l’impact environnemental de ces navires. Heureusement, la ville a très récemment décidé de leur interdire de s’approcher trop près du centre-ville. Il était temps non ?


Si le tourisme de masse vide les villes de leur centre, les prive-t-elles de leur âme ? Dans une certaine mesure, je le pense. Une ville ne se limite pas qu’à des bâtiments. S’ils font le charme de la ville, c’est parce qu’ils ont été construits pas des personnes qui y ont vécu, qui y vivent et qui les entretiennent (ou pas et parfois, cela confère quand même un certain charme). Mais ce qui rend une ville vivante, ce sont ses habitants, ceux qui y vivent, qui y mangent, y dorment et y travaillent. Leur âme façonne l’âme de la ville et sans âme il n’y a pas de vie. Les touristes arrivent, visitent et repartent. Les habitants eux restent et font vivre la ville. Si les locaux partent, les touristes finiront pas partir aussi parce que sans les locaux, il n’y a pas de charme.

Or, c’est bien pour trouver cette identité qu’on se rend dans ces destinations. Mais pour autant, ce tourisme de masse engendre petit à petit une perte de l’identité culturelle de ces destinations. On se rend dans une destination pour son charme et on contribue (même infiniment) à la perte de ce charme.


Barcelone accueille 7,5 millions de touristes pas an pour une population d’un million d’habitants. La ville est plus grande que Venise. Et pourtant, là-bas aussi, les habitants en ont assez, épaulés par une municipalité qui a décidé de ne plus être aussi accueillante qu’auparavant.
Certaines villes comme Ibiza ou Palma ont en assez de voir des touristes ivres déambuler dans leur rues. Sans compter le fait qu’ils ne sont pas toujours très propres. Chaque jour, les services de nettoyage de Barcelone ramassent deux tonnes de déchets éparpillés sur le sable pour une facture annuelle de 1,5 millions d’euros.
L’Espagne est d’ailleurs le premier pays européen à avoir ouvertement affiché son ras-le-bol de ces touristes qui font n’importe quoi dans ses rues.


Certains reprochent au tourisme d’augmenter le prix des logements dans les centres-villes. Les habitants partent parce que les loyers sont trop chers et les appartements/maisons sont transformés en locations airbnb ou hôtels. Le tourisme est-il une excuse pour protester contre ces propriétaires peu véreux qui préfèrent s’enrichir plutôt que de loger les locaux ?
Dans le centre historique de Dubrovnik, un coup d’oeil sur les façades vous permettra de constater que 80% des logements sont dédiés aux touristes. Les habitants sont partis du centre et habitent en périphérie.
Mais est-ce qu’on peut vraiment en vouloir aux personnes qui, lorsqu’elles visitent un pays veulent être logées dans le centre à proximité de tout et non pas au fin fond de la banlieue ?


Un afflux de tourisme a aussi des conséquences sur les lieux historiques où l’on voit des trésors culturels être dégradés. Ceci est d’une tristesse sans nom. Au prétexte de vouloir prendre des photos pour leur plaisir personnel, certains sont prêts à abîmer des choses qui étaient là avant et seront là bien après eux. Ici, on voit le reflet de la société égoïste dans laquelle nous vivons…


Malgré toutes les critiques adressées aux touristes, peux-t-on les empêcher de voyager ?

La réponse est bien entendu non. On ne peut pas empêcher les gens de vouloir visiter telle ou telle ville qui en assez du tourisme de masse.

Mais dans ce cas, quelles sont les solutions ? Si on peut demander aux touristes d’adopter un comportement responsable et respectueux, il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. La solution pourrait aussi venir des pouvoirs publics locaux. À eux d’agir en concertation avec les habitants de la ville et de réfléchir avec eux pour trouver des solutions qui permettent d’allier bien-être local et essor économique. Il faut aussi faire en sorte de privilégier les locaux aux touristes en proposant des solutions pérennes qui conviennent aux premiers, sans faire fuir les seconds.

À Dubrovnik, la mairie a installé des caméras pour comptabiliser les touristes et vend des tickets de visite de la vieille ville pour quelque heures. Je n’ai pas constaté ce système lorsque j’y suis allée en avril 2017 et surtout, une fois que les gens sont dans le centre, comment peut-on s’assurer qu’ils vont rester le temps imparti ? En leur collant un mouchard ?

À Venise, il n’est plus possible de construire de nouveaux hôtels et la ville souhaite valoriser et promouvoir des sites extérieurs afin de désengorger le centre. Bonne idée, ça permettra de varier les photos de la ville qu’on  peut voir sur les réseaux sociaux ;).


Une dernière interrogation : ne s’agit-il pas là d’un problème de riches ? A chaque fois que je lisais un article à ce propos, il s’agissait de villes européennes. Pourtant il y a une multitude de villes dans le monde qui reçoivent chaque année des touristes et on ne les entend pas s’en plaindre.
Pourquoi ce phénomène se limite-t-il au vieux continent ?
Je suis prête à parier que nombre de pays aimeraient recevoir trop de touristes plutôt que pas du tout, y compris en Europe ! Suivez mon regard vers l’Est où certaines destinations sont très loin de ce phénomène.


En tout cas, le problème est suivi de près par l’organisation internationale du tourisme ! #onestsauvés


Sources :
http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/11/02/le-pire-c-est-le-vomi-dans-les-jardinieres-amsterdam-en-a-assez-des-touristes_5209090_4832693.html?xtmc=amsterdam&xtcr=5
http://www.voyageurs-du-net.com/le-tourisme-de-masse-une-maladie-fatale
https://www.theguardian.com/travel/2017/aug/10/anti-tourism-marches-spread-across-europe-venice-barcelona
http://www.latribune.fr/economie/international/barcelone-la-nouvelle-guerre-au-tourisme-de-masse-592075.html

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2 réflexions au sujet de « Le tourisme de masse, trop c’est trop ? »

  1. Salut Marion!
    Article très intéressant! J’étudie en gestion du tourisme et tu te doutes que le tourisme de masse concerne une bonne partie de certains cours. 😅
    C’est vrai qu’il y en a énormément en Europe puisque c’est une des destinations les plus prisé, mais pas que, sur certaines îles aussi.
    Comme tu le dis il faudrait trouver un juste milieux, car en plus de vider les centre ville où gêner les habitants, cela a un très fort impact environnemental! On le constate surtout dans les villes côtières à l’état des plages…et les complexes qui hôteliers n’aident pas…. La pollution sonore mais aussi la pollution de l’air, du sol augmente de façon drastique.
    Bref, tout ça pour dire que je suis contente de voir que des gens l’évoque et sont intéressés. 😅
    Désolée pour la longueur du commentaire…

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    1. Merci à toi pour ton commentaire très intéressant et d’avoir pris le temps de commenter 🙂 Le sujet est vraiment intéressant, et j’espère qu’il continuera à être pris au sérieux, voyager c’est bien mais pas au détriment des destinations menacées par ce phénomène.
      Passe un très bon weekend 🙂

      J'aime

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